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Architecture et territoire 3/3 : Quelques idées libres sur l’aménagement

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par Fabien Nadeau, photos de Nicolas Gagnon

 

Nous construisons énormément pour répondre à nos nouveaux besoins. Il faut en plus constamment améliorer, entretenir, remplacer notre parc immobilier. Il faudrait non seulement penser à la durabilité de ces interventions construites, mais aussi au long terme du milieu où elles s’inscrivent. Il faut penser en fonction d’une bonification élargie du tissu urbain, construire aux endroits les plus appropriés en respect des villes et de leurs habitants.

 

Lorsqu’on parle de développement, ne faut-il pas tenter de voir au-delà des emplois immédiatement créés et penser à la vitalité future de ces villes et villages ? Par exemple, ne faut-il pas encourager les commerçants à se rapprocher des centres, plutôt que de s’installer aux carrefours autoroutiers, comme ils le font systématiquement maintenant, en fonction de critères comptables ? Nos municipalités se sont vidées de leurs services à cause du développement de grandes surfaces au bord des routes périphériques. Les pétrolières, à l’avant poste de cet état de fait, ont développé un concept de commerce équivalent aux dépanneurs, lié aux stations-service et ont ainsi monopolisé ce secteur, ce qui donne la vie dure à nos derniers vrais dépanneurs. Les résidents se rapprochent ensuite de ces services et s’éloignent des centres, ce qui a pour conséquence que nos municipalités doivent maintenant essayer de redonner vie à leur centre, par tous les moyens. Nos villes et villages, qui étaient, à une époque, développés à l’intérieur d’un périmètre où tout était accessible à pied, ont perdu cette structure qui rendait les échanges si faciles et la vie agréable. Même dans les plus petites communautés, il n’est plus possible de subvenir à ses besoins de base sans avoir à démarrer son automobile. Il faut recommencer à penser nos villes en fonction des distances, développer en commençant par les centres, envoyer nos enfants à l’école à pied, faire l’épicerie à pieds. Il faut densifier le tissu urbain à partir des centres.

 

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Il faut essayer de construire le moins possible (curieuse affirmation de la part d’un architecte), en recyclant, en entretenant, en améliorant l’efficacité des équipements existants, en déménageant dans un de ces bâtiments existants, restauré et reconverti. Mais si l’on doit démolir un bâtiment désuet et sans potentiel de restauration, il faut
s’assurer de le remplacer par un nouveau bâtiment qui serait le plus durable possible, le plus approprié à sa fonction et imprégné du tissu urbain environnant. Il doit s’inscrire positivement dans l’histoire et dans l’avenir du site. Et il faut construire en respectant le milieu environnant, en cherchant la durabilité, par la répétition des bons coups. Il faut privilégier certaines méthodes de construction, certains métiers qui sont bien maitrisés régionalement, certaines caractéristiques qui ont un potentiel de servir de repère durable. Utiliser aussi souvent que possible des matériaux exploités régionalement de façon durable. Définir des critères de couleur, de texture, de détail et de matériaux, et encourager leur respect, s’ils ont un potentiel assez fort de définition du territoire.

 

« La résistance à la bonne planification et la disponibilité d’énergie à peu de frais nous a fait trop souvent opter pour l’aplanissement des terrains plutôt que pour l’exploitation avantageuse de leurs caractéristiques, de leur géographie, de leur écosystème. »

 

Si un site nouveau, choisi en fonction de critères bien fondés, qui s’inscrit dans un environnement cohérent doit être développé, il faut le faire avec une sensibilité respectueuse du site. Il faut essayer de le faire en en perturbant le moins possible les caractéristiques naturelles, en faisant des aménagements bien intégrés et bien construits. L’accès véhiculaire ne devrait pas autoriser le nivèlement des sites et le remplissage. La résistance à la bonne planification et la disponibilité d’énergie à peu de frais nous a fait trop souvent opter pour l’aplanissement des terrains plutôt que pour l’exploitation avantageuse de leurs caractéristiques, de leur géographie, de leur écosystème. Par exemple, le sous-sol fini de nos maisons, qui n’est pas tout à fait un idéal d’architecture, représente souvent plus de la moitié de la superficie de nos bungalows. Le garage utilise souvent une partie du rez-de-chaussée. Une bonne mise en valeur de la topographie peut permettre d’éviter cette généralité, de donner des plains pieds confortables et des sous-sols qui n’en ont plus les inconvénients. Les quartiers les plus pittoresques sont souvent issus de sites apparemment difficiles à aménager. Mais pour un quartier neuf, la tâche la plus délicate sera certainement de développer l’esprit
du quartier, du lieu, d’identifier les caractéristiques communes qui créeront une certaine harmonie, et qu’il faudra favoriser. Ces qualités doivent venir du site et exprimer la personnalité de la ville, de la région et du territoire.
Au Bas-Saint-Laurent, particulièrement, il faut certainement apprendre à préserver et à mettre en valeur les vues, à aménager les secteurs favorisés par la perspective des paysages, en fonction du bénéfice général. Nos ancêtres sont arrivés ici par voie d’eau. Avec l’arrivée des Français, nos structures ont été orientées en lien direct avec le fleuve et les autres cours d’eau principaux. Nos établissements se sont d’abord installés à l’embouchure des rivières. Nos villes et villages sont traversés de cours d’eau ou font face au fleuve. La vue et l’accès aux plans d’eau devraient être privilégiés. Notre code civil nous garantit heureusement le droit d’utiliser ces cours d’eau, mais l’accès aux rivages se privatise de plus en plus, les points de contact sont de plus en plus rares et difficiles. Des accès publics aux rivages devraient y être aménagés aussi souvent que possible. Des voies piétonnes devraient y être aménagées. On aime percevoir ces cours d’eau à partir des routes aussi. Il faut remarquer qu’il est maintenant devenu difficile d’apercevoir les rivières à partir des ponts récemment construits. Les garde-fous en béton opaque ont remplacé les gardes en acier ajouré, probablement pour de bonnes raisons techniques, mais certainement parce que la perspective sur ces rivières n’était simplement pas considérée comme un critère. Il serait souhaitable et souvent facile de donner l’accès aux points de vues sur les paysages lors de la conception des infrastructures. De même, les nouveaux brise-vents plantés le long de nos routes pourraient être sélectionnés en fonction de ce critère, ce qui ne semble pas être le cas. Il s’agirait d’y penser.

 

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Grâce aux documents d’archives et au fait que notre environnement ici soit encore relativement épargné par l’urbanisation hors de contrôle généralisé ailleurs dans le monde, on peut encore imaginer un monde idéal où les travailleurs n’auraient pas à affronter nécessairement la circulation automobile, où ils pourraient marcher tranquillement à leur maison en faisant leurs emplettes tout en appréciant un décor harmonieux, qui exprime le savoir-faire régional et sent l’air marin. Mais, depuis quelques décennies seulement, tout ce développement au profit du mieux-être immédiat a contribué au contraire à nous enliser dans une dégradation sensible du bienêtre fondamental, par le moyen d’une « déterritorialisation » sournoise et générale. Les changements environnementaux maintenant annoncés forceront d’importants changements sociaux. On doit s’attendre à ce que notre région subisse les contrecoups de ces changements. C’est certainement le temps d’y réfléchir. Nous pouvons décider d’orienter ces changements dans la direction la plus souhaitable pour notre avenir.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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