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Architecture et territoire 1/3 : Le territoire humanisé

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par Fabien Nadeau, photos de Nicolas Gagnon

 

Le Bas-Saint-Laurent a lancé l’an dernier sa Charte des paysages du Bas-Saint-Laurent (www.crebsl.org/ paysages). Un regroupement de professionnels québécois vient de publier sa déclaration Pour une Politique nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme (www.ariane.quebec). C’est dans le but de contribuer à cette réflexion sur la notion de paysage que Fabien Nadeau donne ici son point de vue d’architecte et tente d’illustrer certains mécanismes qui font évoluer l’environnement dans lequel nous vivons. Il veut nous faire prendre conscience de notre responsabilité collective dans la transformation rapide de notre patrimoine naturel et culturel.

 

Dans ce premier texte, l’auteur parle des forces mises en jeu dans l’évolution du paysage au Bas-Saint-Laurent. Le deuxième texte, qui paraitra dans le prochain numéro de La Rumeur du Loup, insistera sur le paysage construit, parlera des méthodes de construction d’hier à aujourd’hui et de leurs effets sur notre environnement. Un dernier texte cherchera à illustrer quelques hypothèses de solutions aux problèmes posés dans les précédents articles.

 

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Nous vivons ici au Bas-Saint-Laurent dans une entité territoriale distincte, dont les paysages ont été transformés par notre intervention. Notre savoir-faire, d’origine principalement européenne et, dans une certaine mesure, autochtone, et notre situation géographique particulière ont déterminé nos modes d’implantation, nos choix d’intervention et la façon dont nous avons exploité le territoire pour notre subsistance. Il a fallu quelques siècles à nos ancêtres pour réussir à se libérer de l’aide directe de leurs colonisateurs qui fournissaient l’essentiel des vivres et des outils nécessaires à leur subsistance. Nos ancêtres ont dû développer leurs propres méthodes et choisir les plus appropriées. Ils ont aussi affronté quelques désastres écologiques, tels que la disparition des forêts riches en chêne et en pin indigène qui, surexploitées, ont disparu. Les arbres à croissance plus rapide ont pris le dessus. Le thuya de l’est a été favorisé. Le défrichage a été accéléré en faveur de l’agriculture. Les érablières se sont déployées, etc. Tout le paysage vivant a évolué.

 

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Des réseaux de routes carrossables ont été tracés, d’abord le long du fleuve, ensuite plus loin à l’intérieur des terres. Le long de ces voies, le paysage bâti s’est transformé peu à peu. On est passé des techniques de maçonnerie française à la technique du bois « pièce sur pièce », mieux adaptée à la matière première et au climat. Le balloon frame anglais, la structure en deux par quatre, a ensuite été adoptée. Cette dernière technique évolue encore aujourd’hui et est toujours la méthode de construction la plus utilisée au Québec. Il n’y a plus une parcelle de territoire au Bas-Saint-Laurent qui n’a pas été modifiée par notre action, notre présence et celle de nos ancêtres. Avant eux, les autochtones « cultivaient » à leur manière la forêt en favorisant certaines espèces végétales et animales. Même si une grande proportion du territoire semblent sauvages, aucune, dans les faits, n’a été épargnée. Le fleuve, dans son apparente immobilité, a changé et change de plus en plus rapidement. La perspective qu’on a de ses rivages change. Des infrastructures s’ajoutent. Le profil des villes et villages évolue. Même la couleur de l’eau se modifie avec l’apport de sédiments dû à l’agriculture. Le changement pourrait s’accélérer si nous n’y portons pas attention : éoliennes riveraines ou en mer, circulation de méga transporteurs maritimes, en plus de toute cette pression à la privatisation et à la densification sur les côtes. Les interventions humaines sont de plus en plus éclatées et radicales, de plus en plus visibles, et ne laissent pas le temps (pour nos écosystèmes et nous) de s’y habituer.

 

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Au départ, pourtant, le territoire s’est façonné relativement lentement. Il a évolué à la faveur des savoir-faire échangés entre ses occupants, chacun arrivant, avec le temps, à trouver les méthodes les plus appropriées et efficaces pour répondre à ses besoins, quasi en vase clos et avec les moyens trouvés sur place. Les habitants se sont habitués à ces façons de faire. Ils en ont tiré leur subsistance et une certaine qualité de vie. Ils se sont regroupés autour de villages, d’organisations communautaires, des seigneuries, d’églises, de magasins généraux, de moulins, de bureaux de poste, etc. Ils se sont mis ensuite à apprécier ces structures autrement que pour leur valeur pratique. Ils ont commencé à en être fiers et à vouloir en préserver les qualités.

 

Les modeleurs du paysage 

 

Depuis plusieurs décennies, les technologies, l’économie, ainsi que la pression au développement continuel ont fait que les responsables de la transformation du paysage se sont institutionnalisés et se sont progressivement détachés des besoins et des caractéristiques du territoire. Même si tous les habitants continuent de modifier le paysage par leurs actions quotidiennes, ce sont maintenant les urbanistes, les architectes, les ingénieurs en structures civiles, les ingénieurs forestiers, les agriculteurs, les architectes du paysage, les designeurs industriels, les graphistes, les jardiniers, les entrepreneurs, les autoconstructeurs, les gestionnaires à tous les échelons qui décident des modes de développement de notre environnement. Les commerçants aussi y contribuent, y cherchent, de manière légitime, toujours plus de visibilité. Notre mode de vie libéral l’autorise. Ce n’est que récemment qu’on a appris à baliser leurs interventions concernant entre autres l’affichage, l’éclairage ou le stationnement. Mais est-ce que nous le faisons de la bonne façon ?

 

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Comme individus, que ce soit par notre mode de vie, notre loisir d’habiter à proximité de notre lieu de travail ou de nous réfugier au loin dans un quartier à faible densité, nous avons tous une part de responsabilité dans le bon fonctionnement de l’espace qui nous entoure et dans la perception que nous en avons. À partir de notre logement ou de notre propriété privée, lorsque nous choisissons de planter du gazon, des arbres, de bétonner, d’asphalter, par nos choix de consommation en général, nous ajoutons de la pression sur notre environnement, directement ou indirectement, rarement pour le mieux. Cet espace qui nous entoure détermine la qualité de notre expérience quotidienne. Ce que nous en faisons détermine notre identité collective. Par toutes nos actions, nous modifions cette identité. Nous devons chercher à le bonifier, en étant critiques par rapport à nos réflexes de consommateurs qui ajoutent toujours une pression supplémentaire à notre environnement.

 

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À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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