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À la rencontre de femmes professionnelles

par Marie-Amélie Dubé, collaboration Léa Didelot

 

Mécanicien, boucher, électricien et bien d’autres métiers sont traditionnellement considérés comme masculins. Cependant, au fur et à mesure des années, on peut voir apparaitre dans ces milieux des jeunes femmes plus motivées les unes que les autres.

 

 

Si ces emplois semblent fermer leur porte aux femmes, certaines arrivent avec confiance et sont aptes à obtenir des postes placés dans les hauteurs de la hiérarchie entrepreneuriale. Et cela ne date pas d’hier ! Aujourd’hui retraitées, de nombreuses femmes ont su faire leur place et transmettre leur détermination aux générations suivantes. C’est pourquoi aujourd’hui nous avons dans nos sociétés de jeunes femmes passionnées par leur métier, entourées d’hommes ayant des valeurs et des manières de faire qu’il faut savoir accepter. Mais il s’agit également d’hommes qui s’ouvrent à une gestion différente, vue sous un oeil féminin, souvent plus proche de l’humain. Alors, parce que je suis une entrepreneure depuis peu, parce que je suis une femme et parce que j’aime m’inspirer des autres, comprendre l’humain et l’observer, j’ai proposé à Louis-Philippe, lors de notre réunion de ce numéro sur la femme en 2016, d’aller à la rencontre de femmes entrepreneures qui sont des modèles et travaillent dans des milieux non traditionnellement féminins. Être entrepreneure comporte en soit tout un défi et d’être dans un milieu moins fréquenté par les femmes l’est encore plus. Voyons comment elles s’en sortent !

 

Christiane Plamondon – Âge : 33 ans

Profession : Conseillère en santé et sécurité, propriétaire de Conseillère SST depuis bientôt 7 ans.

Elle arrive à mon bureau, toute pimpante, énergique et souriante. Il faut dire que c’est vendredi et qu’il fait un de ces soleils qui nous réchauffe le coeur ! On se met à jaser de la raison pour laquelle on est contentes de se rencontrer.

 

Elle me dit qu’elle me suivait et on discute d’Animation de l’Est, compagnie dont elle est copropriétaire avec son mari, pour laquelle elle investit quelques heures de gestion par semaine. Parle, parle, jase, jase; il faudrait bien la commencer, cette entrevue, si je veux faire un papier sur toi. On se ramène à l’ordre ! Finalement, c’est presque une heure et demie plus tard qu’elle quitte mon bureau ; j’exagère à peine. Moi qui pensais que ça allait durer 20 minutes… eh misère ! Je pense avoir rencontré mon alter ego. Ça existe, quelqu’un qui parle plus que moi ? Christiane Plamondon est une femme bionique ! Elle a trois enfants, travaille sur la route à travers le Québec, elle prend des cours à l’université, aide son conjoint dans son entreprise, collectionne des vêtements vintage à en faire rougir Betty Boum, fait partie de la table d’action en entrepreneuriat et s’implique avec Femmessor. Se reposer ? C’est un verbe qu’elle ne sait pas conjuguer. Elle mord dans la vie et n’a pas l’intention de s’arrêter pour la regarder passer ! Travailler dans une seule entreprise, 40 heures par semaine, 50 semaines par année, ce n’est pas non plus fait pour elle. Elle a besoin de défi, d’action, de diversité ; elle ne connait pas la routine. Depuis 7 ans, elle est propriétaire de l’entreprise Conseillère SST et se qualifie de formatrice agréée et agréable ; c’est ce qui est écrit sur sa carte d’affaires [on adore !]. Sa mission : permettre aux petites et moyennes entreprises d’avoir accès à des services en santé et sécurité au travail et de performer avec les mutuelles de prévention de la CNESST [Commission des normes du travail et de l’équité salariale et de la santé et sécurité au travail]. Elle parcourt des entreprises qui sont presque à 100 % masculines, en passant par la mécanique Diésel, la boucherie, la soudure, des domaines assez variés et différents. Pas évident, quand pour une fille de 33 ans, de dire à un entrepreneur de 30 ans d’expérience qu’il n’est pas dans les normes et qu’il a des pratiques à modifier dans son usine. Mais selon Christiane, c’est une question de crédibilité. « Dès que tu es capable de montrer que tu sais où tu t’en vas, que tu sais de quoi tu parles, que tu leur démontres que tu es là pour travailler avec eux, c’est possible. »

 

« Dans ces situations, Christiane sort un de ses précieux atouts : l’humour. »

 

De mauvaises blagues, c’est certain qu’elle en a entendu. Disons que depuis qu’elle porte une alliance, c’est mieux, mais elle doit tout de même faire attention à la couleur de son rouge à lèvres, à l’odeur de son parfum et à son décolleté. Elle s’est déjà fait dire, parce qu’elle portait une jolie blouse rouge : « Coudonc ! Te cherches-tu un deuxième mari ? » Dans ces situations, Christiane sort un de ses précieux atouts : l’humour. « Souvent, je me fais taquiner, mais ce n’est jamais méchant. Je désamorce cela en disant qu’on a un job à faire chacun de notre bord et qu’on n’a pas de temps à perdre ! » Bref, c’est une question de caractère. « Si tu as confiance en toi, c’est facile ! » De plus, rester professionnelle en tout temps et être positive est aussi de mise. « Travailler dans la bonne humeur quand on gère des lois et des règles, ça aide à faire passer le méchant. » Finalement, il faut être un spécialiste de l’humain pour travailler dans ce domaine. « Il faut savoir s’adapter à chacune des personnalités et savoir comment intervenir avec chaque type de caractère. Des fois, il faut être douce, maternelle même, ou être autoritaire, ça dépend de l’humain qui est en face de nous. » Chaque entreprise est aussi différente et il faut s’adapter à leur culture organisationnelle. À la blague, Christiane me dit : « J’ai 900 employés », en fait, ce sont les employés de ses clients ! Ce qui est fou, c’est qu’elle s’oblige à connaitre le nom de chacune des personnes qu’elle côtoie, le nom de leur femme, de leurs enfants, la réalité dans laquelle chacun vie, pour être au diapason de leurs besoins. Il faut le faire ! Assurément ambitieuse, déterminée et électrique, Christiane Plamondon est une femme inspirante et équilibrée. Extravertie au quotidien, colorée et exaltée, alors qu’au travail elle exerce sa touche magique, tout en nuance et en sagesse. Elle sait plus que quiconque comment parler aux hommes !

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Karine Anctil

Profession : Copropriétaire de Rona Rivière-du-Loup

J’arrive au Rona de Rivière-du-Loup à 8 h 50, je rencontre presque juste des femmes sur le plancher, elles sont toutes souriantes et me saluent. J’arrive au bureau de Karine et elle me dit : « on va aller dans l’autre bureau, le mien est trop bordélique ». Je jette un coup d’oeil et je vois des piles et des piles de papiers sur l’ensemble de son bureau. Elle me regarde et me dit : « Ça, c’est juste deux jours d’absence du bureau ! »

 

Karine fait partie de cette dizaine de femmes propriétaires de Rona parmi les quelque 300 quincailleries du même nom au Québec. Quand elle et son père on fait l’acquisition de ce commerce en 2009, le lieu était principalement opéré et fréquenté par des hommes. Le portrait est tout autre en 2016. « Aujourd’hui, les postes occupés dans mon entreprise sont à parité », me répond Karine. « J’ai autant de femmes que d’hommes sur le plancher et les femmes n’occupent pas juste des postes administratifs ou de design. La meilleure vendeuse de portes et fenêtres de Rivière-du-Loup, c’est ici qu’elle est : c’est une femme », me rapporte fièrement la jeune entrepreneure. En agrandissant le commerce, en changeant le design et en engageant davantage de femmes, Karine a contribué à changer le visage de son commerce et à diversifier sa clientèle. Le contact des femmes, notamment au service à la clientèle, est différent et apporte une touche personnalisée. D’ailleurs, j’ai tout de suite senti cette présence féminine, car Karine a choisi de changer la configuration de son magasin pour y mettre le département de peinture et de décoration dès l’entrée. « Il a fallu que je me batte pour faire accepter cette autre façon d’organiser mes départements, parce que dans les autres Rona, c’est le saisonnier qui est à l’entrée. Je trouve ces départements beaux juste à Noël ou au printemps », me raconte-t-elle en riant. Au final, elle a gagné son pari auprès de la bannière Rona, avec chiffres à l’appui. Bien que son côté humain l’aide auprès de ses employés, son côté maternel peut parfois lui jouer des tours. « Je n’ai pas de gestion des ressources humaines, c’est moi qui gère toutes ces questions-là. Être capable d’être proche du monde, mais en même temps de se garder une certaine distance, c’est assez complexe. » Elle doit se faire une carapace et assumer ses décisions d’employeurs, même si parfois elle trouve cela difficile. De plus, bien que nous soyons en 2016, les femmes doivent encore trimer dur, dans son domaine, pour se faire respecter et être prises au sérieux. « Quand je vais faire les achats, les représentants sont encore dans la tête que je suis la conjointe d’un tel et que ce n’est pas moi qui prends les décisions. Quand tu es une jeune femme, ils pensent que tu ne peux pas être propriétaire d’un Rona, donc il y a encore beaucoup de travail à faire pour faire changer les mentalités. » Finalement, c’est grâce à la structure, à l’organisation qu’elle s’impose, que Karine Anctil peut à la fois gérer son entreprise et réussir à avoir une vie familiale saine : défi de taille pour les femmes entrepreneures de 2016. Chapeau Karine !

 

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Valérie et Mélissa Berger

Profession : Coprésidentes directrices générales des Tourbières Berger

Respectivement arrivées dans la compagnie en 2007 et 2009, Valérie et Mélissa Berger oeuvrent au quotidien à titre de coprésidentes directrices générales des Tourbières Berger. Elles représentent une relève féminine fonceuse, passionnée et forte d’une expérience sur le marché international.

 

Chez Berger, les femmes ont toujours eu une place importante au sein de l’entreprise familiale, et ce, dès sa fondation. Leur principale inspiration en entrepreneuriat est sans contredit, leur grand-mère, madame Huguette Théberge, une référence dans le domaine horticole et fondatrice de l’entreprise pour laquelle elle était partie prenante de toutes les décisions. Selon elles, la clé en entrepreneuriat, peu importe que l’on soit un homme ou une femme, c’est la confiance. Lorsque je les questionne à savoir s’il y a un avantage à être une femme en affaires, elles suggèrent que « le sixième sens des femmes », leur sensibilité, leur empathie et leur côté plus humain sont des forces indéniables qui bonifient les compétences de gestion en entreprise. Elles soulignent toutefois que certains hommes ont aussi cette capacité faisant ainsi référence à leur père, Claudin Berger, et leur oncle, Régis Berger, avec qui elles partagent les mêmes valeurs.

 

« Le choc des genres se fait toutefois sentir lorsqu’elles doivent négocier dans certains pays où la culture entrepreneuriale prend un visage masculin. »

 

Le choc des genres se fait toutefois sentir lorsqu’elles doivent négocier dans certains pays où la culture entrepreneuriale prend un visage masculin. Les soeurs Berger sont parfois confrontées à cette réalité culturelle dans leurs différents partenariats affaires. Pour se faire entendre, elles font alors appel à un intermédiaire, souvent l’interprète, et facilitent ainsi leurs échanges. Un autre défi important est la conciliation travail-famille, une réalité qui se vit au quotidien. Pour y arriver, il faut savoir bien s’entourer et ne pas hésiter à demander de l’aide. Un réseau fort est nécessaire pour nous soutenir. Au final, l’ingrédient secret de Valérie et Mélissa Berger pour réussir en tant qu’entrepreneures, c’est la détermination ! Croire en ses projets, croire aux gens avec qui on travaille au quotidien, les aimer, les écouter, c’est un gage d’équilibre et d’harmonie.

 

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Marianne Lévesque, Âge : 28 ans

Formation : DEP en électromécanique de système automatisé
Métier : Mécanicienne d’entretien (Milleright)

Alors qu’elle avait des années de chansonnière derrière la cravate, Marianne Lévesque a décidé qu’elle voulait passer à autre chose, retourner aux études et privilégier une stabilité d’emploi. Elle s’est mise à chercher un métier qui lui demanderait un minimum d’études, lui assurerait un haut taux de placement et lui offrirait un salaire convenable.

 

« Électromécanique, 98 % de placement, 20 $ de l’heure en partant, c’est là-dedans que je m’en vais ! », me raconte la grande femme énergique qu’est Marianne. Ce fut un coup de dé qui a joué en sa faveur. Elle a eu la piqure, elle est littéralement tombée en amour avec la profession. « C’est surtout grâce aux professeurs, j’ai eu des enseignants extraordinaires, que j’aimerais bien remplacer un jour, d’ailleurs ! J’aimerais beaucoup enseigner la mécanique. Ce serait une première, une femme prof de mécanique ! » Et bien, les premières, Marianne Lévesque en est une spécialiste ! Elle a été la première femme, avec son amie Rose Dionne, à être inscrite en électromécanique au CFP de Rivière-du-Loup et elle a été la première mécanicienne d’entretien à être engagée chez Prelco. Comme vous pouvez le constater, Marianne Lévesque n’a pas peur des défis et ouvre une nouvelle voie à paver par les femmes en 2016. Elle se sent d’ailleurs responsable de sa pratique et cherche à démocratiser l’accès des femmes aux métiers traditionnellement masculins. Entre son boulot de soir chez Prelco comme mécanicienne d’entretien industriel, ses cours de jour au Pavillon-de-l’Avenir pour obtenir une attestation en mécanique industrielle et ses soirées de chansonniers (oui, elle en fait encore !), Marianne Lévesque trouve le temps de donner des conférences dans les écoles primaires, secondaires et au CFP pour parler de son métier et de la réalité de son travail.

 

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« C’est beaucoup une question d’attitude, parce que la compétence, que tu sois un gars ou une fille, tu peux l’avoir. »

 

Oui, une femme peut faire de la plomberie, de la soudure, de l’électricité. La jeune femme en connait un lot à ce sujet. « Je n’ai pas le choix, il faut que je puisse être lancée partout dans l’usine, il faut que je puisse tout réparer ! » Dans ce milieu, il faut savoir se débrouiller, être curieux et avoir des connaissances techniques en hydraulique, en pneumatique et en système mécanique. Des gears, des straps, et des poulies, elle en change ! « C’est certain qu’il faut avoir du caractère, avoir confiance en soi et être déterminée. Il faut montrer que tu sais de quoi tu parles. C’est aussi un métier exigeant physiquement, il faut se tenir en forme, je m’entraine 4 fois par semaine. Il faut faire ses preuves, mais doublement ». Et le travail avec les gars ? « Évidemment, il y a des commentaires et des remarques déplacées, c’est une gang de gars, on ne va pas dénaturer une gang de gars en arrivant là ! Tu n’arrives pas là comme une féministe qui veut tout changer, mais tu arrives là avec un message à passer, comme quoi tu es quelqu’un qui a une belle énergie, une belle écoute, qui a envie de travailler. Ça rend le milieu de travail tellement plus sympathique. C’est beaucoup une question d’attitude, parce que la compétence, que tu sois un gars ou une fille, tu peux l’avoir. Les gars sur le plancher sont super gentils avec moi, ils sont protecteurs. Comme ils doutent naturellement des compétences de la femme en mécanique, c’est dans leur nature de vouloir t’aider, de te rendre service. » Mais la jeune mécanicienne prend sa place et montre aux hommes qu’elle est capable et qu’elle sait relever les défis par elle-même. Il faut dire aussi que Marianne n’a pas la langue dans sa poche et qu’avec son humour et son assurance, elle sait prendre sa place et se faire entendre. Sa force de caractère lui a donc permis de se faire respecter de ses collègues. Aujourd’hui, elle a fait des hommes ses alliés et avoue être pourrie gâtée dans son milieu de travail. Avec l’ouverture d’esprit, la communication, l’écoute et la bonne humeur, on arrive à tout, « c’est mon multipass ! ». Vraiment, Marianne Lévesque, tu m’impressionnes ! Tu me donnes le gout d’être mécanicienne !

 

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À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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